Phases Cachées – Boules à Facettes

Phases Cachées – Boules à Facettes

Si jeunes et déjà habités par le plus saisissant des professionnalismes ! C’est bien l’impression la plus marquante qui submerge n’importe quelle oreille attentive, à l’écoute de Boule à Facettes, le premier album (abouti "à plus d’un titre") des jeunes MC’s du groupe Phases Cachées. La recette : une sincérité et une maturité, habilement servies sur un petit nuage de rimes ciselées et d’instrumentales décomplexées. Petit décryptage de ce joli service trois pièces :

Si les noms de Cheeko, D’Click et Volodia ne sont logiquement pas encore au firmament, il n’en demeure pas moins que de nombreux indices peuvent laisser présager d’une longue route rapologique. D’ailleurs, à y regarder de plus près, le background du jeune posse, originaire de la capitale, n’est pas si mince qu’il n’y paraît. Entre plusieurs EP et projets solo (notamment pour Volodia), c’est essentiellement en live que le trio a fait ses armes et s’est constitué une solide petite base de fans. Notamment vainqueur du tremplin Emerganza France en 2010, la fine équipe a également déjà pu partager la scène avec des pointures telles qu’Oxmo Puccino, 1995, Vicelow, Beat Assaillant ou en Milk Coffee & Sugar.

L’album est mis en boîte par S.E.B (Masta Ace, Sean Price, El Da Sensei), un beatmaker luxembourgeois, dont le nom mérite également d’être souligné. Sa griffe, en matière de maîtrise instrumentale, donne toutes les différentes teneurs de l’opus. Les ambiances, qu’elles soient boomp-bap ou plus laid back, permettent aux rimes de Cheeko et de D’Click de fuseler, tandis que Volodia apporte sa petite touche de gaieté par son phrasé reggae. Attention : seule la composition peut véritablement rappeler Sniper, puisqu’au niveau des flows et des instrus, Phases Cachée détient vraiment son propre ADN : un hip-hop lounge… à l’américaine.

Car, le groupe ne se cache pas derrière une fausse pudeur, en matière d’inspiration. Le titre bien justement nommé A l’américaine, en est la preuve. Pour réaliser cette piste, au beat soigné et au sample ingénieux, Phases Cachée a fait appel à Toki Wright, un MC américain, fervent défenseur du hip-hop comme "art de vivre" et non comme "art du vide". Il s’agit là d’un des deux featurings de l’album. Le second, What Else ?, avec Milk Coffee & Sugar, en plus d’être une avalanche de jeu de mots réussis, s’attache à mettre le doigt sur cette dérive relayé par les rappeurs bling-bling ou la téléréalité, à savoir "l’ère du vide". Mais, même sans ce petit plus apporté par le bon choix des collaborations, Phases Cachées prouve aussi qu’il sait se suffire à lui-même.

S’appuyant sur un égo-trip subtil, la plupart des titres tels que Fly, Boule à Facettes ou 4 Consonnes, 2 voyelles ont tous en commun d’éviter les écueils du moindre mot gratuitement pompeux : « Tout en haut, je suis un drôle d’oiseau. J’ai pété le mur du son, depuis ils sont en plein travaux » (cf Fly). Et même lorsque les thèmes sont plus pesants, sur Panique sur la ville ou Sous Pression, l’écriture parvient cette fois à éviter les clichés des mots gratuitement vindicatifs : « Et y a des types qui s’enrichissent en jouant nôtre fric à l’aveuglette, et on nous demande de passer à la caisse, j’appelle ça la levrette » (cf Panique sur la ville).

Boule à Facettes est donc un album construit autour d’une générosité musicalité et d’une dialectique simple, subtile et fédératrice. Phases Cachées, malgré sa jeunesse, est un groupe talentueux et (visiblement) très ambitieux, à suivre avec la plus grande attention. Comme quoi, quand le rap français fait peau neuve, il ne le fait pas toujours qu’à moitié !

 

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