Raashan Ahmad – Ceremony

Raashan Ahmad – Ceremony

Bien que sa carrière ne soit pas la plus exposée qui soit, Raashan Ahmad figure bien parmi les rappeurs les plus prolifiques et inspirés de la scène hip-hop/jazz. Membre du groupe Crown City Rockers, le rappeur du New Jersey propose, depuis maintenant plus de dix ans, une belle lecture du rap, grâce un à un travail de maillage sonore habilement sophistiqué. Ce troisième album solo (après The Push en 2008 et For What You've Lost en 2010) s’inscrit dans la droite lignée des albums de rap exigeants et emprunts d’une superbe identité.

Raashan Ahmad a de la bouteille et surtout une belle oreille. Sa première carrière en tant que chauffeur de salle pour des artistes comme Marvin Gaye ou encore Anita Backer l’a sans doute bien aidé. Mélomane avide et voyageur impétueux, il se construit un univers musical dans lequel des artistes de renom, comme Aloe Blacc et Blackalicious (présents sur le titre Fallin de l’album For What You've Lost) ou encore Stro The 89th Key (The Procussions) ont su trouver leur bonheur. Car, si Raashan Ahmad n’est pas le MC le plus célèbre de la scène rap, la réputation qu’il s’est forgée, grâce à son travail d’esthétisation sonore, continue de faire grandir son aura.

Dès les premières mesures de Mbeguel (Love), un titre un peu lunaire et envoûtant, la tonalité d’un rap bien plus propice au repos qu’à l’excitation semble affichée. Or, il s’agit plus d’un titre intro, car le reste de l’album est construit autour de tempos beaucoup plus volatiles. L’écoute laisse rapidement place à des sonorités jazz appuyées ou encore à des rythmes latinos impeccables. A noter, la participation de 20Syl (C2C, Hocus Pocus) qui offre deux très bonnes productions ; No, No, No et Mariposita, aux accents caliente. Le MC/beatmaker nantais s’efface toutefois au profit du flow de Homeboy Sandman (que l’on retrouve sur No, No, No) et de son hôte. C’est sans doute d’ailleurs la seule petite déception. En entendant une voix française, la volonté de métissage qui transpire de l’opus aurait été totale.

Les autres featurings sont peu nombreux, mais ils sont bons. Sur Music, c’est le rappeur anglais Ty, porté par le refrain de la chanteuse soul Sharsa Simone, qui vient s’en donner à cœur joie. Le tout, sur une instru très cuivrée au rythme joyeusement proche de celui d’une fanfare. Sur une cadence quasi chevaleresque, l’ambiance de How Long se veut plus sombre. La voix lointaine et plaintive de Geoffrey Oryema assure cette fois le refrain et apporte une petite touche world music tout sauf désagréable. Quant à la dernière collaboration, Whos God, celle-ci revient à la jeune rappeuse Rita J, dont le flow solide et exalté s’avère être à surveiller aussi de très près.

Mais, tout au long de l’album, Raashan Ahmad s’applique lui-même à démontrer ardemment l’efficacité de son propre flow. Un flow technique, posé, calme, bien que plein d’autorité. Notamment, sur Ease On Back, un titre agréablement pianoté et subtilement cuivré. Il donne tout. Il récidive sur Get I, un interlude acapella sur lequel il scande un rap à une vitesse folle et sans la moindre interruption. D’autres pistes, telles que Out Of Bounds, Mama Mature ou bien Guns (seul titre un peu rugueux) sont égaillés par un joli boulot de scratch.
Au final, un très bon album riche de sonorités jazz alléchantes et travaillées. Raashan Ahmad fait partie de cette génération de rappeurs bien décidés à changer la donne. On est loin et même très loin du easy listening trop souvent de rigueur. Une direction très appréciable s'il en est...

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